Dans l’assiette des jeunes : entre nitrites et graines de chia

Les jeunes ont changé leur façon de consommer. « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger » nous disait notre cher Molière dans l’Avare. Voilà qui imposait une certaine mesure et retenue, loin du concept « à volonté » : sushis, boissons, brunchs … Se remplir la panse à 130% est devenu chose facile aujourd’hui. Mais est-ce vraiment ce que recherchent les jeunes ? Comment consommons-nous aujourd’hui la nourriture. Avec quel rapport ?

Décryptage aux petits oignons dans l’assiette d’une génération trop longtemps mijotée dans le cliché. Bon appétit.

Entrée : changements majeurs avec leur compoté de débats mals adressés

« Le jeune, quand il quitte le cocoon familial, a la flemme de cuisiner et n’a pas d’argent alors il mange des steaks surgelés à 2,5€ les 10, et des pâtes avec du beurre ou bien il part en croisade passé minuit, pour trouver un McDo ouvert. » Terminé bonsoir.

C’était peut-être une réalité il y a encore de cela 4 ans. Aujourd’hui c’est différent.  Nous les jeunes, avons pris conscience de l’importance de bien se nourrir. Vous êtes plus de 38% à ne jamais consommer de produits préparés ou de « fast-food ». Plus de 55% mangent de cette façon seulement 1 ou 2 jours par semaine. Les jours restants, nous cuisinons, sortons manger dehors, jeûnons, profitons d’invitations chez notre tante. Bref, nous consommons « intelligents » et sommes loin du cliché du jeune mal nourri. Nous sommes d’ailleurs une majorité à regarder les ingrédients des produits que nous mettons dans notre panier.

Nos convictions à ce sujet sont d’ailleurs de plus en plus affirmées. Plus de 23 jeunes sur 100 interrogés ont récemment adopté un nouveau régime alimentaire (vegan, sans gluten …) . Alors certains parlent d’effet de mode. Mais est-ce véritablement ici que le débat doit se situer ? N’est-il pas plutôt intéressant de se questionner sur les raisons qui ont poussé ces personnes à adopter une façon différente de consommer les biens de mère Nature ? Et pour ceux qui n’ont pas nécessairement adopté de nouveau régime, la façon de s’alimenter se révèle être plus respectueuse et consciencieuse même si un long chemin reste à parcourir.

Citron
Bien manger, c’est le début du bonheur ?

Plat : Prise de conscience et volonté d’être plus responsable sur son lit de freins quotidiens

Les scandales alimentaires sont pour plus de 40% d’entre vous un élément contribuant à cette prise de conscience et pour 43%, ils ne sont qu’une affirmation de faits et pratiques que vous connaissiez déjà. Je vous conseille à ce sujet le reportage Netflix What the Health, par les mêmes réalisateurs que le documentaire Cowspiracy. L’exercice tend à prouver les liens existant entre organisations de santé, industrie pharmaceutique et alimentaire. Bien que je ne sois pas fan de l’ambiance drama, gros tambours et lumière tamisée, les faits sont saisissants.


Aujourd’hui nous avons aussi peur. Et nous réapprenons petit à petit que la santé passe par la nourriture. Mais la désinformation à ce sujet nous perd. Le doc « Food Choices », disponible sur Netflix et entièrement sur Youtube (ICI), tente de mettre en avant l’impact de nos choix alimentaires sur notre santé et celle de notre planète.

Cependant, la peur de la nourriture n’est pas nouvelle. Jusqu’au XIXème siècle, c’était principalement la peur du manque. Désormais, la peur se situe entre l’attirance et la méfiance pour la nouveauté. Ex : le chocolat goût camembert est-il vraiment une bonne chose ?
Nous les jeunes consommateurs, pourtant sur-informés, n’arrivons pas à connaitre la vérité. Nous nous sentons totalement dupés et impuissants face à ces forces qui nous dépassent. Un jour l’huile de coco est celle qui nous donnera le corps de Kayla Itsines (programme Bikini Body) et les dents blanches de Trump et puis finalement, le lendemain, elle est responsable de maladies cardiovasculaires, des cheveux gras et des boutons dans le dos … Cheers.

Nous sortons de cette période qui débuta à la fin des années 60, où l’industrie alimentaire a connu un essor rapide :  un renouveau post-guerre, un contexte d’ouverture au monde et l’amélioration technologique. A cette période, les prix ont été tirés vers le bas. Cette forme de production-consommation passait bien souvent outre le critère de la qualité. L’essentiel étant la quantité au meilleur prix.
Aujourd’hui nous sommes allés trop loin, la terre est vidée de ses richesses et celui qui en doute est aux fraises. La qualité est d’ailleurs l’élément qui arrive en tête des critères qui comptent le plus pour vous lorsque vous achetez de la nourriture, avec plus de 40% des votants. Viennent ensuite le prix (22%) et la provenance (21%). Nous voyons bien ici le rapport de force s’inverser. La quantité ne prône plus sur la qualité.

Pour la plupart d’entre nous, ce n’est pas un antagonisme de s’autoriser le soir une pizza et le midi  du quinoa. Au contraire, nous arrivons à mixer le tout pour arriver à un nouvel équilibre qui nous semble plus juste et plus sain. La transition est en train de se faire mais …

Mais les freins quotidiens auxquels nous sommes confrontés, limitent le changement, pourtant nécessaire. C’est ce que j’ai voulu identifier en vous demandant  » Dans une démarche de consommation plus responsable, quels sont les principaux freins que vous identifiez ? ». Par consommation plus responsable, j’entends un comportement qui limite la destruction des ressources (réduction de la consommation de viande, recours aux circuits courts d’agriculture, consommation locale, réduction des déchets …)

  • « Consommer mieux, ça se décide ? », oui mais ça coûte surtout plus cher. Le prix représente pour 78% d’entre vous, un frein à une consommation plus responsable. Certes, les jeunes préfèrent un produit de qualité quitte à payer un peu plus cher, mais sur le long terme, cela peut s’avérer bloquant. Et c’est d’autant plus rageant lorsque l’on voit la marge complètement délirante que se font la plupart des grandes surfaces sur les produits bio. Cette étude a été récemment menée par l’association UFC Que Choisir. De quoi tomber dans les pommes (sans pesticides …)
  • Vient ensuite le critère de la difficulté à se procurer les produits pour 48% d’entre vous. Mettons les pieds dans le plat : tous les jeunes n’ont pas la possibilité de cultiver leur jardin, spécialement les citadins … De fait, il s’avère difficile de se procurer des produits pour lesquels nous sommes certains de la provenance et de la façon dont ils ont été cultivés. Ces choses changent et je vous en parlerai prochainement.
  • Le flou concernant les labels arrive en troisième position avec 39% des voix. Cela témoigne bien d’un manque de pédagogie de la part des marques et d’un manque de confiance du consommateur, qui à mon sens, est justifié.

Un point intéressant à noter : le critère de la difficulté à combler tous les apports journaliers recommandés arrivent en dernière position. Il se révèle être bloquant pour seulement 8 personnes sur 100. Majoritairement, nous ne considérons  donc pas ce mode de consommation plus responsable comme pauvre « nutritionnellement » parlant !

Nous, les jeunes, souhaitons mieux consommer, mais ces aspects peuvent nous mettre des bâtons dans les roues. Et puis, on ne va pas se mentir, nous gardons pour les produits dits « gras » ou « sucrés », une attirance, et ça, ça ne se contrôle pas toujours. La preuve.

 

Je vous présenterai dans une prochaine vidéo, des actions à mettre en place pour limiter ces freins au quotidien. Si vous avez des suggestions, of course, je les mets aussi dans mon panier !


Dessert : smoothie de « sentiment d’être dupé » et « difficulté d’accès à la vérité »

Dans le coin de notre tête, dès que nous achetons, nous nous sentons comme le dindon de la farce, si vous me passez l’expression culinaire. L’image et la réalité de l’industrie agro-alimentaire aujourd’hui freinent considérablement les possibilités de changements.

Dans vos témoignages, les 3 éléments qui ressortent concernant ce business sont les suivants :

  • Le sentiment d’être trompé par les grands groupes, leurs lobbys impressionnants et la recherche incessante du profit. Nous avons donc une vraie défiance à leur égard. Quand cessera t-on de nous raconter des salades (sans OGM ?) … Cette défiance se répercute plus globalement sur tous les achats que nous faisons.
  • La difficulté d’accès à la vérité lié à l’opacité des modes de fonctionnement de ces acteurs. Certes, nous apprenons petit à petit, les dessous de ce business. Mais il semblerait que cela soit uniquement la partie émergée de l’iceberg.
  • La difficulté à « s’extirper du système » (verbatim d’un sondé). Les produits vendus par cette industrie sont omniprésents dans nos assiettes et sont mêmes associés à des rituels, à des moments de vie auxquels nous ne sommes pas prêts à renoncer. Il est donc aujourd’hui difficile de s’en passer, même si nous savons pertinemment que dans notre assiette, quelque chose cloche.

Comme l’a précisé l’un d’entre vous « Ca va péter ». Mais quand ? Quand arrêtera t-on de se moquer ouvertement du consommateur ? Quand fera t-on passer notre intérêt et notre santé avant le profit ? Le gouvernement vient de signer l’arrêt de l’aide au maintient des agriculteurs biologiques des 2018 (pour en savoir plus), quand cessera t-on de reculer alors que tout une génération n’attend qu’une chose : avancer dans le bon sens ?

Il ne s’agit pas de pleurer comme une madeleine (sans huile de palme of course), mais plutôt d’essayer de trouver des solutions ensemble.

Je vous prépare à ce sujet une vidéo avec 5 choses à faire si l’on veut (essayer de) consommer plus responsable.

A bientôt les petits poireaux

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3 réflexions sur “Dans l’assiette des jeunes : entre nitrites et graines de chia

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